Analysis

La nouvelle stratégie en Afghanistan comporte des éléments d’une guerre hybride par proxy

En Afghanistan, la guérilla Talibane, qui se définit elle même comme un mouvement de libération visant à débarrasser ce pays enclavé d’Asie centrale de toute présence militaire étrangère, se porte fort bien :  ses combattants arrivent jusqu’ à faire pleuvoir des roquettes sur le palais présidentiel et à prendre d’assaut le siège des renseignements militaires et les centres les plus névralgiques du pays.

Les forces US et leurs alliés sont présents depuis plus de 17 ans en Afghanistan. Tous les plans stratégiques élaborés et mis en oeuvre afin de « pacifier » l’Afghanistan ou du moins protéger son gouvernement mis en place par la coalition ont abouti à un échec complet.

L’échec de l’Armée Nationale Afghane, mise sur pied par la coalition à coups de dizaines de milliards de dollars est devenu patent. Les unités militaires du gouvernement afghan installé à Kaboul ne parvient plus à protéger les capitales provinciales. Il aura fallu l’intervention énergique de la 101e division aéroportée US et de très nombreuses unités des forces spéciales appartenant à toutes les branches des forces armées US pour empêcher la capture de villes importantes par les Talibans. Ces interventions demeurent très onéreuses. D’où l’élaboration de plans de guerre hybride par proxy.

Le dernier plan s’inspire en partie de la guerre en Syrie. Il prévoit le transfert de milliers d’éléments de Daech, acronyme arabe de l’État Islamique (IS), une organisation terroriste créé en Irak pour les besoins géostratégiques des grandes puissances occidentales, en Afghanistan pour y contrer les Talibans.

Le procédé est simple. Pour enrayer l’avancée des Talibans dans les provinces rurales et dans les campagnes, la coalition y implante Daech en important une partie de ses effectif du Levant tout en renforçant ce qui reste d’Al-Qaïda. L’amalgame entre les mouvements terroristes internationaux et les Talibans servira entre autres à justifier le maintien des troupes de la coalition et légitimer les frappes aériennes dans ce pays. Ce nouveau plan implique une privatisation accrue de la guerre, livrée à des sous-traitants privés à l’instar de X (Academi ou anciennement Blackwater) proches des milieux d’affaires liés au complexe militaro-industriel et ayant une expérience avérée dans la mise en place de guérillas ou d’organisations terroristes radicales « clé en main »

Les Talibans en sont fort conscients et tentent d’établir des contacts diplomatiques avec des pays aussi divers que la Chine, le Qatar, la Russie ou encore l’Iran malgré l’extrême méfiance que suscite ce dernier pays au sein des Talibans (une faction du pouvoir iranien serait impliquée dans les plans de l’État profond US selon les Talibans malgré l’hostilité apparente et bruyante entre Washington et Téhéran)

La guerre d’Afghanistan est devenue la plus longue guerre dans laquelle se sont impliqués les États-Unis.  Des F-35B y ont très récemment mené des missions de combat pour soutenir des opérations de « nettoyage » au sol menées par des forces combinées. C’est la guerre de 20 ans et celle du futur proche puisqu’elle s’inscrit dans le cadre d’un affrontement géostratégique plus large incluant l’endiguement et l’encerclement de l’Iran, mais surtout le positionnement en Asie centrale musulmane et donc le ventre méridional mou de la Russie et sur les marches occidentales de la Chine (le Turkestan chinois et son potentiel conflictuel) et si on y ajoute des éléments non rationnels liés à des traits de psychologie et d’orgueil, Washington n’est nullement près de se retirer du cimetière des empires avant 2058, sauf en cas de force majeure ou de surprise stratégique.

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2 réponses »

  1. Je crois que c’était dans l’air depuis quelques temps.

    Cette nouvelle approche permet
    – de sortir les restes de Dae’ch de Syrie avant que Russes et Turcs ne finissent de nettoyer les écuries d’Augias… pardon, d’Idlib
    – de remplacer les forces US au sol par des consommables dont on n’a pas à justifier les pertes
    – de continuer la mise au point du F-35 sans risque (pas de Sol-Air russes…)

    En revanche,
    – entre les Pachtounes et les Tadjiks, les débris de la Qaïda vont se retrouver face à des combattants autrement plus redoutables que ne l’était l’armée syrienne en 2014. Ce n’est pas avec des convois de pick-up Toyota flambant neufs qu’ils en viendront à bout, même sous couverture aérienne OTAN
    – les amener à affronter Talibans, Russes et Chinois coalisés (qui l’eut cru?) est une performance digne de Hollywood, il ne manque plus que Rambo…

    Bel abattoir en perspective, qui devrait arranger tout le monde.

    Aimé par 3 personnes

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