Analysis

Le tireur de Thousand Oaks a servi en Afghanistan à l’âge de 18 ans…

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Ian David Long, le tireur de la tuerie de One Thousand Oaks en Californie était un ancien Marine ayant servi en 2010 en Afghanistan.

Le tireur a utilisé un pistolet Glock 21 de calibre 45. à l’intérieur du bar le Borderline tuant 12 personnes. Selon la police locale, Long s’est donné la mort avec son arme. Vu le calibre utilisé, cette arme de poing devait donc avoir un chargeur permettant de tirer 13 coups.

Long fut déployé à l’âge de 18 ans en Afghanistan comme opérateur d’une arme semi-lourde au sein d’une unité de Marines.

Comme beaucoup de vétérans US de la très guerre longue guerre d’Afghanistan (octobre 2001-à ce jour), Long développa un mélange d’aversion et d’admiration à l’égard des Talibans et de la très forte culture afghane. De retour aux États-Unis, il versa dans un anti-féminisme virulent avant de prendre conscience de certains enjeux politiques. Souffrant d’un syndrome post-traumatique il chercha des réponses à certains questionnements relatifs à l’interventionnisme militaire US dans des pays très éloignés et pauvres ne représentant aucune menace existentielle et il crut pouvoir y répondre en versant d’abord dans un antisémitisme de base puis l’antisionisme. La remise en cause et le rejet des système socio-politique et économique occidental en général et US en particulier firent de Long un marginal.

Un marginal tranquille même si les médias US évoquent des problèmes d’abus domestique, un phénomène auquel n’echappe aucun militaire ayant servi ou servant encore en Afghanistan.

Il y a eu des cas de Navy Seals, l’élite de l’élite des forces spéciales américaines, qui ont fini par égorger au couteau de chasse leur campagne ou épouse après leur retour d’un deploiement.

En réalité la plupart des vétérans ayant été en contact assez prolongé avec la culture afghane sont choqués par ce qu’ils perçoivent comme un pouvoir prépondérant et abusif des femmes dans leur société libérale et finissent tous, sans exception aucune, par admirer le « modèle afghan » des relations homme-femme.

Des études réalisées sur ce phénomène ont amené le Pentagone à restreindre au minimum les rapports entre les militaires US et leurs alliés afghans dans le sillage des incidents « Friendly fire ».

Ces mesures ne parviennent pas toujours pas à limiter l’attrait d’une culture afghane profondément guerrière, où l’homme occupe une place de choix, pour un grand nombre de militaires US issus des milieux ruraux des États de la ceinture rouillée du Midwest ou des rivages du Mississippi ou encore des États pauvres de l’Union.

Le choc culturel a du être rude. Plus rude que le feu des embuscades et des bombes improvisées sur le bord des routes.

Fait significatif, la tuerie du bar le « Borderline » en Calidornie intervient presque une année après celle de Devin Kelley, un vétéran de l’US Air Force qui a ouvert le feu sur une église au Texas, tuant 26 personnes.

Indubitablement, aucun média ne vas aborder cet aspect du problème car la réflexion sérieuse sur les motivations réelles ou profondes de ces tireurs forcenés amènerait inévitablement une critique cinglante du système politique et économique américain, voire une remise en cause du simulacre du rêve américain et la découverte de certaines réalités pas très politiquement correctes.

Le problème récurrent des tueries par armes à feu n’ont rien à voir avec la circulation des armes ou le second amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique :  c’est un problème de fond dont les véritables causes sont à chercher dans le système politique et économique US.

Les vétérans US sont marginalisés par calcul même s’ils bénéficient de nombreux avantages sociaux. Il suffit que l’un d’eux commence à remettre en cause les guerres auxquelles il a participé pour qu’il se retrouve de l’autre côté de la barrière. Certains sombrent dans la drogue et l’alcoolisme ;  la plupart entretiennent une rage intérieure souvent extrême. Quelques uns sont pris par l’Amok comme ce fut le cas à Thousand Oaks.

Le problème est profond.  

   

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10 réponses »

  1. André Breton écrivait déjà en 1929 dans son second manifeste du surréalisme :
    « L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule. Qui n’a pas eu, au moins une fois, envie d’en finir de la sorte avec le petit système d’avilissement et de crétinisation en vigueur a sa place toute marquée dans cette foule, ventre à hauteur de canon. »
    (Manifestes du surréalisme, Jean-Jacques Pauvert, p.135)

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  2. « il semble lié à la modernité et à ses produits empoisonés »… et à toutes sortes d’ondes (wifi, linky, etc)… Bien modestement je fais régulièrement ce constat en humant et méditant l’air pollué d’une capitale européenne, d’ailleurs moi-même il m’arrive d’avoir envie de tirer dans l’tas… mais non mais non je rigole, hein 😉

    Aimé par 4 personnes

  3. Très pertinent Bartleby ! Très pertinent !
    On a tenté de lier le terrorisme islamiste au néolibéralisme dans un sens organique. En clair, le terrorisme dit islamiste est un sous-produit du capitalisme. Peu d’intellectuels ont tenté cette voie parce que les “modernes” sont des escrocs doublés de faussaires. Le subjectivisme règne en maître sur les grands instituts de recherche.

    C’est un mécanisme unique.

    Nos sociétés post-moderne sont criminogènes. C’est une vérité de La Palice. Elles créent des terroristes.

    Les grands hableurs dans le vent des plateaux télé se voilent la face. Ils se complaisent dans une dichotomie imaginaire mettant en cause l’islam selon un agenda bien huilé servant des intérêts très restreints. C’est un fait quasiment indiscutable.

    Excellent sens d’observation Bartleby !


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    Aimé par 3 personnes

  4. Article vraiment fascinant, j’aimerais bien connaître l’avis des féministes et autres plaies modernes à son propos. Chassez le naturel, il revient àu galop. L’homme dépossédé de sa virilité et de son honneur, et à qui on a fait accroire qu’il était exceptionnel, découvre en Afghanistan l’amère vérité, qu’aucun livre de Freud ne peut expliquer. Les combattants yeménites, syriens ou irakiens (qui ont vécu des horreurs pires que celles qu’ont vécu ces marines) n’entreront jamais dans un café pour tirer au hasard sur les clients (je parle des combattants non salapistes). Alors, où est la cause de ce phénomène inquiétant ? D’autant plus qu’il ressemble étrangemenr aux actes des salapistes : tuer des innocents sans crainte d’y laisser sa propre peau ; on pourrait donc parler d’un salapisme occidental, qui n’a pas les mêmes causes ni les mêmes conséquences que celles de son frère oriental. Si le second est bien connu, de sa naissance à sa mort, que j’espère prochaine, le second semble incontestablement plus difficile à saisir, il semble lié à la modernité et à ses produits empoisonés.

    Aimé par 4 personnes

  5. Traîter les femmes comme des animaux c’est ça le fantasme du Yankee frustré, c’est plutôt un problème existentiel.
    Vouloir être militaire indique déjà un problème psychologique, devoirs commettre des horreurs sur place n’aide pas non plus, même si ce n’est pas l’Afghanistan les soldats rentrent avec les même problèmes même sur d’autres terrains d’opération.

    Aimé par 2 personnes

  6. Il a été derrière une mitrailleuse calibre .50 à l’âge de 18 ans à bord d’un Stryker et il en a du consommé des munitions. Donc forcément avec ou sans LSD, il rentre au bercail avec un PTSD.

    Aimé par 1 personne

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