Analysis

Hisoire de Bananes

Selon des informations assez précises, le monopole de fait accordé à quelques rares importateurs de produits comme la banane dans un pays d’Afrique du Nord pourrait facilement être exploité à des fins de déstabilisation.

La Fabrique des révolutions

La Fabrique des révolutions

Nous avons fait rapidement une petite recherche et nous avons immédiatement identifié ce pays.

Ci-dessous est une liste des vingt pays où le prix moyen du kilogramme de bananes est le plus élevé au monde:

  1. Corée du Sud
  2. Suisse
  3. Japon
  4. Algérie
  5. Norvège
  6. Danemark
  7. Suède
  8. Hong-Kong
  9. Australie
  10. Islande
  11. France
  12. Israël
  13. Autriche
  14. Nouvelle Zélande
  15. Pays-Bas
  16. Uruguay
  17. Malte
  18. Belgique
  19. Italie
  20. Puerto Rico

L’Egypte est le pays où le prix du kilogramme de banane est le moins élevé au monde (0.65 USD). Le Maroc figure à la 69ème place avec 1.11 USD le kilogramme tandis que la Tunisie est à la 49ème place avec 1.32 USD le kilogramme. La Libye est hors du classement. Notre attention est donc attirée par l’Algérie, pays figurant en quatrième position mondiale juste après le Japon et devant la Norvège.

Ce classement est pour le moins étrange: contrairement aux pays figurant au top du classement, l’Algérie est un pays  où les salaires sont extrêmement bas. Le salaire minimum mensuel dans ce pays est à 153 USD (18 000 DZD) et le salaire moyen ne dépasse pas les 340 USD/mois (40 000 DZD). Le prix moyen d’un kilogramme de bananes en Algérie oscille entre 2.74 USD (325 DZD) et depuis quelques jours à 3.37 USD (400 DZD) puis 5.06 USD (600 DZD) ce qui en fait actuellement le pays où le prix de la banane est le plus élevé, devançant la Corée du Sud (3.95 USD/kgs) et le Japon (2.94 USD/kgs).

La liste ci-dessus est donc erronée ou non mise à jour. l’Algérie est actuellement le pays où le prix du kilogramme de banane est non seulement le plus élevé au monde mais continue d’augmenter pour battre un record mondial inédit jusqu’ici.

L’information qui circule dans les milieux internationaux des faiseurs de révolutions, colorées ou pas peu importe,  sont donc précises.

Ceci nous amène à nous poser une question essentielle: pourquoi le prix de ce fruit est si élevé en Algérie?

La réponse à cette question est fort complexe et revêt un caractère politique liée à la nature du régime algérien, basé sur un clientélisme exclusif avec distribution restreinte de privilèges en dehors de tous les circuits légaux. L’importation de la banane en Algérie est confiée exclusivement et illégalement à quelques importateurs qui se comptent sur les doigts d’une seule main. C’est un monopole privé de fait bénéficiant de très fortes complicités dans les appareils de l’Etat. Cette information est essentielle et relativement choquante si l’on se réfère à l’histoire de l’Algérie depuis 1775. C’est les manigances autour et émanant du  monopole privé sur le commerce extérieur qui est derrière les soulèvements contre la Régence des Deys entre 1802 et 1825, puis le blocus naval de 1826 et l’invasion française de 1830.

Comment un Etat ayant défendu jadis des thèses anti-impérialistes et révolutionnaires s’est-il retrouvé à protéger des monopoles de fait du type que l’on retrouvait en Amérique latine du temps de Batista et consorts,  mettant en danger extrême sa propre sécurité nationale?

Les circuits de la corruption touchent tous les pays du monde et le commerce international n’est pas du tout exempt de pratiques fort douteuses et illégales, mais dans le cas algérien, le monopole du commerce exterieur a déjà causé des désastres historiques que les populations ont oublié. Mais pas les observateurs étrangers et surtout pas les « faiseurs de révolutions ».

Une révolte à cause des bananes en Algérie? On en est pas encore là. Les populations algériennes sont fort apathiques et désabusées, et sont par dessus tout échaudées par la décennie rouge de 1992-2002. Certaines fractions de la population profitent largement de l’anarchie pour détourner les subventions sociales et certains droits à leur profit, excluant de facto les couches moyennes dont l’existence a toujours dérangé au plus haut point l’appareil d’Etat. Un paradoxe puisque c’est sur les couches moyennes que repose la stabilité assez précaire de pays du voisinage comme le Maroc et la Tunisie.

Cette histoire de bananes nous montre une fois de plus comment il est aisé d’identifier des failles dans les dispositifs de pays où la corruption gangrène les rouages de l’Etat.

Cette histoire de bananes est une leçon: Les monopoles privés sont de puissants générateurs de conflits et d’instabilité.


Mise à jour: Moins de 24 heures après ce poste, le gouvernement algérien vient de lever l’interdiction d’importation de la banane pour réguler les prix et briser les monopoles.  Un effet d’annonce non confirmé plus qu’une mesure concrète car les quotas d’importation de ce produit non stratégique  font l’objet d’une lutte acharnée entre les barons du commerce extérieur et leurs soutiens au sein de l’appareil d’Etat.



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8 réponses »

  1. Le concept de république bananière s’est donc incarné en Algérie y compris dans l’importation des bananes, d’ailleurs que produit-elle à part le gaz et le pétrole ? La misère et le désespoir. On pourrait donc parler à son propos de république bananisée.

    Aimé par 3 personnes

    • Il faut croire que certains dirigeants de notre beau monde moderne sont atteints d’autisme, en France comme en Algérie, bon, dans le premier pays, le prix d’un kilo de bananes biologiques est de l’ordre de deux euros et demi là où je survis, celui des bananes industrielles oscille autour d’un euro au marché découvert, notez que le salaire médian en France est de l’ordre de 1800 euros (à ne pas confondre d’avec le salaire moyen, qui lui est supérieur en France), donc les bananes y restent abordables, mais pas l’essence — pas celle de l’histoire ! — (on l’a depuis longtemps remarqué me souffle mon mauvais esprit). L’autisme des affairistes algériens semble proprement démentiel. Autour d’Agadir, au Maroc, où existe une production locale de bananes naines délicieuses (à Agadir règne un micro-climat semi-tropical), le kilo y était de l’ordre d’un demi euro, et vous pouvez, en revenant des plages des alentours en déguster jusqu’à deux kilo sans ressentir la moindre indisposition.

      Aimé par 1 personne

  2. La banane n’est quand même pas un produit indispensable dont on ne pourrait se passer. Si problème naît à cause de la banane, c’est plus s’il y a un boycott à l’exportation pour certains pays. L’Iran ne produit pas de bananes. Les USA ont longtemps râlé envers la France à cause du protectionnisme dont nous faisons bénéficier nos bananes antillaises, ce qui me semble d’ailleurs la moindre des choses. Je ne vois pas quel pays pourrait être bouleversé pour des problèmes de prix à l’achat ou de rationnement concernant les bananes.

    Aimé par 1 personne

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